L’apport total dans les coopératives laitières

L’apport total est l’obligation pour chaque associé-coopérateur d’apporter la totalité de sa production de lait à sa coopérative. Cette obligation est inscrite dans les statuts de la coopérative, de même que l’obligation pour la coopérative de collecter, de valoriser au mieux et de rémunérer la totalité du lait qui lui est apportée.

La quasi-totalité des coopératives laitières sont en apport total. Appuyée par leur fédération professionnelle, elles ont confirmé leur choix de l’apport total dans la perspective de la fin des quotas laitiers.

Ce choix s’explique par trois raisons :

  • Par nature, la coopérative laitière est la mise en commun de moyens qui permettent le développement de l’activité économique des associés coopérateurs. Cette mise en commun de moyens est, historiquement, à l’origine de toutes les coopératives laitières. Elle part de l’idée que la massification des volumes de lait entraîne des économies d’échelle, réduit les coûts unitaires de fabrication, améliore la qualité marchande des produits et renforce leur position commerciale sur les marchés. L’objectif de massifier les volumes apportés à la coopérative se traduit dans les statuts par l’obligation pour chaque associé-coopérateur d’apporter tout son lait. Cette règle est communément appelée « apport total ». Elle fait de la coopérative laitière le prolongement de toute l’exploitation pour toute la production de lait, pas seulement pour une partie.
  • D’un point de vue technique et opérationnel, l’apport total est plus simple que l’apport partiel parce que le lait est une matière première fragile, non stockable et périssable.
    Le lait matière première est un produit périssable, non stockable en l’état et sur longue durée dans une exploitation laitière, et qui doit donc subir rapidement une première transformation. Pour des raisons de sécurité sanitaire, d’efficacité environnementale, de diminution des coûts, le lait est donc collecté fréquemment. Cette caractéristique institue un lien particulier entre les producteurs et les entreprises de la filière laitière qui collectent le lait, qu’elles soient coopératives ou non : à quelques exceptions près (régies par des cahiers des charges spécifiques), les entreprises optimisent leurs tournées en collectant la totalité du lait du tank de l’exploitant à chaque passage du camion.
  • Au plan politique, le maintien de l’apport total est aujourd’hui un choix cohérent pour préserver la pérennité de la coopérative et des exploitations. L’apport total est une réalité inscrite dans les statuts de la coopérative, héritée de l’histoire et des fondements de la coopération et présentant des avantages techniques.
    Pour autant, dans la perspective de la fin des quotas et compte tenu de l’obligation pour la coopérative de collecter, de valoriser et de payer tout le lait qui lui est apporté, il était légitime de se poser la question du maintien de l’apport total ou du choix de l’apport partiel. Toutes les coopératives en apport total ont fait le choix de le maintenir parce que l’apport partiel peut avoir des conséquences négatives : désorganisation de la filière et destruction de valeur notamment.

L’apport partiel pourrait, en effet, déclencher une « réaction en chaîne » dans la filière laitière : des circuits parallèles de commercialisation pour le solde du lait produit, un accroissement de la concurrence entre organisations de producteurs dans un contexte où le rapport de force joue déjà en leur défaveur, la « loi de la jungle » qui ferait perdre à des transformateurs des débouchés structurés au profit d’opérateurs privilégiant le moins-disant à court terme, une dégradation de la valeur créée, des exploitations qui arrêteraient leur activité faute de débouchés pour tout ou partie de leur lait.

 

Aujourd’hui, dans la perspective de la fin des quotas, l’apport total oblige chaque coopérative laitière et ses associés-coopérateurs à trouver un équilibre entre leurs attentes, leurs marchés et leurs outils industriels.

Au sein de chaque coopérative, il nécessite de renforcer encore les liens avec les associés coopérateurs et de définir une stratégie de gestion des volumes de lait avec la mise en place d’actions spécifiques pour :

  • connaître de manière fine, à court et moyen terme, les volumes attendus,
  • être prévenu sur l’éventuelle évolution de ces volumes,
  • être informé des investissements des associés-coopérateurs dans leurs exploitations.

Les stratégies pourront différer d’une coopérative à l’autre et évoluer au fil du temps.
Une des stratégies consistera à différencier les volumes et les prix en fonction des débouchés du lait.

L’obligation d’apporter la totalité de son lait est un point-clé du contrat coopératif que chaque associé-coopérateur a conclu avec sa coopérative. Elle touche aux fondements éthiques et économiques de la coopération laitière.
Par principe, un associé-coopérateur ne peut pas être à l’extérieur de sa coopérative quand cela l’arrange de façon opportuniste et individualiste et être à l’intérieur de sa coopérative quand il n’a pas trouvé mieux ailleurs.
Concrètement, un associé-coopérateur qui cesserait d’apporter tout son lait, mettrait à mal sa coopérative et pénaliserait les autres associés-coopérateurs pour trois raisons :

  • la coopérative a besoin d’apports réguliers car le lait n’est pas une matière stockable. Elle ne peut donc, en aucune façon, être traitée comme un débouché d’appoint,
  • la coopérative a des outils industriels qui sont calibrés en fonction de la totalité des volumes de ses associés-coopérateurs.
    Des outils perdraient leur sens et leur rentabilité si certains associés-coopérateurs faisaient partir leurs volumes à l’extérieur de la coopérative,
  • un associé-coopérateur ne peut pas être un concurrent direct de sa coopérative. Ce serait contraire à la solidarité entre associés-coopérateurs qui régit tout le fonctionnement coopératif.

Un associé-coopérateur qui ne respecterait pas l’obligation d’apport total irait à l’encontre de la solidarité qui unit tous les associés-coopérateurs. Il commettrait alors une faute grave passible d’exclusion de la coopérative.